· Un investissement de 20 millions de DH
· Un premier client: Coca-cola
· Et d’autres grands noms sur les rangs
Elle a tout juste 4 mois. Recoplast, spécialisée dans la palette
en plastique recyclé, a démarré son activité en
février dernier. L’inauguration de cette SARL au capital de
3 millions de Dh, la première du genre dans le Maghreb selon les promoteurs,
est prévue pour le mois prochain. L’idée est séduisante:
mettre au point des supports pour les industries, qui soient recyclables à l’infini,
robustes (jusqu’à 5 tonnes pour une charge statique) et lavables
donc hygiéniques.
L’idée de monter ce projet germe dans l’esprit du président
de la société Moulay Ali Kettani et du DG, Fayçal Alami,
il y a un peu plus de deux ans. Doté d’une bonne connaissance
du secteur agroalimentaire dans lequel il officiait, ce dernier souhaite
monter une unité de traitement et de recyclage mais surtout de valorisation
des déchets plastiques, pour en faire des «produits de qualité».
L’incinération et l’enfouissement de déchets étant
de sérieux polluants.
En 2000, la Coopérative marocaine de conserve (CMC) qui l’emploie,
gèle ses activités: il se retrouve au chômage et réfléchit à une
manière de rebondir. Alami s’intéresse de près
au recyclage. Il mène des recherches et s’aperçoit que
le Maroc est peu actif dans le domaine. «J’ai simplement anticipé sur
ce qui allait toucher inévitablement le Maroc. La donne écologique,
les normes ISO et HACCP font partie des contraintes auxquelles on est obligé d’adhérer»,
justifie-t-il. Recoplast se concrétise en 2003 avec un investissement
de 20 millions de DH dont 8 millions en fonds propres. Quatre associés
-Philippe Julien, l’inventeur du fameux procédé de recyclage
J.E.T et Guy Lefebvre, actionnaires belges à 10%- et une vingtaine
d’employés dont six ingénieurs électromécaniciens
composent le staff. Pour s’implanter, les promoteurs choisissent le
nouveau parc industriel de Bouskoura à Casablanca. L’usine s’étend
sur 3.000 m2 pour un loyer de 60.000 DH le trimestre. La chaîne de
recyclage fabriquée en Allemagne et en Autriche, puis assemblée
en Italie, aura coûté 15 millions de DH. Alami reste -très-
prudent sur le retour sur investissement: 10 ans. Il entend produire 60.000
palettes par an pour un chiffre d’affaires de 20 millions de DH.
L’homme savoure: il est sur un créneau innovant et surtout,
il n’a pas de concurrent au Maroc. Quoique la concurrence stimule...
Le DG cible 3 secteurs: l’agroalimentaire, les produits de la mer et
la manutention lourde (cimenteries, briqueries…).
Créneau juteux s’il en est: dans le secteur de l’alimentaire
par exemple, le transport du poisson est strictement limité au plastique.
Mais là, il faudra vaincre les résistances. Car depuis son
institution en 2000 par circulaire du ministère des Pêches,
cette mesure est très peu respectée. Seules les sociétés
qui s’inscrivent dans une démarche qualité s’y
plient vraiment. De même, les entreprises marocaines importent leurs
palettes en plastique -non recyclées- de France. Manutan étant
le principal fournisseur. Les prix oscillent entre 100 et 133 euros l’unité. «Soit
3 fois plus cher que nous!» Pas étonnant: pour produire des
palettes non recyclées, la matière première vierge est à 10.000
DH la tonne. Et le prix de la palette Recoplast? 350 à 450 DH. En
bois, elles coûtent 150 DH en moyenne… «Oui mais on change
25% de son parc chaque année avec la casse, les déformations….
En deux ans, les nôtres sont amorties», se défend Alami.
Recoplast achète sa matière première à la décharge
principale de Casablanca (Médiouna) chez Aït Rami, l’entreprise
familiale habilitée à récupérer plastiques et
métaux. 23 à 30 kilos sont nécessaires pour produire
un exemplaire. Seul problème: le plastique est déjà trié donc
plus cher (de 50 centimes à 3 DH le kilo). La solution: passer par
les industriels qui rejettent en permanence ce type de déchets. Ceux-ci
sont «bradés» à 1.000 DH en moyenne la tonne. Reste
maintenant à développer ce réseau. Quatre mois d’activité et
un premier client qui s’appelle Coca-Cola. La difficulté est
d’arriver sur un créneau «totalement» vierge. Convaincre
les entrepreneurs n’est pas une mince affaire. Coca-Cola a par exemple
effectué 1 mois de test avant de s’engager. «On attend
maintenant le feu vert de Lafarge, Copag, Brasseries du Maroc, Oulmès,
Sidi Ali, Sothema et différentes conserveries, minoteries et sucreries
qui procèdent encore aux essais», explique Alami. Les collectivités
locales pourraient être intéressées également
pour l’aménagement en abri de bus, notamment. Pour l’heure, «le
Portugal, le Ghana, la Lybie, l’Egypte, le Qatar et l’Arabie
saoudite nous ont contacté, le champ est large», confie Alami.
Dans un proche avenir, Recoplast compte étendre son activité et
produire des profilés pour fabriquer panneaux signalétiques
et publicitaires, bouches d’égoût, caillebotis, piquets
de culture ou mobilier extérieur.
La méthode J.E.T
Philippe Julien, inventeur belge, a créé il y a une quinzaine
d’année les systèmes de recyclage ET/1 et MT/1. La méthode
J.E.T (Julien environnemental technology) permet le traitement des déchets
mélangés et contaminés entre eux sans tri préalable.
Plus de 130 entreprises au monde utilisent la méthode J.E.T. La chaîne
de montage utilisée au Maroc est appelée J.E.M 4.000. Le procédé est
simple. Une phase de broyage des déchets précède celle
de l’extrusion-moulage. 5 minutes sont nécessaires à la
fabrication de la palette avant refroidissement.
Céline PERROTEY