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26/05/05 Du plastique recyclé pour les palettes

· Un investissement de 20 millions de DH

· Un premier client: Coca-cola

· Et d’autres grands noms sur les rangs

Elle a tout juste 4 mois. Recoplast, spécialisée dans la palette en plastique recyclé, a démarré son activité en février dernier. L’inauguration de cette SARL au capital de 3 millions de Dh, la première du genre dans le Maghreb selon les promoteurs, est prévue pour le mois prochain. L’idée est séduisante: mettre au point des supports pour les industries, qui soient recyclables à l’infini, robustes (jusqu’à 5 tonnes pour une charge statique) et lavables donc hygiéniques.
L’idée de monter ce projet germe dans l’esprit du président de la société Moulay Ali Kettani et du DG, Fayçal Alami, il y a un peu plus de deux ans. Doté d’une bonne connaissance du secteur agroalimentaire dans lequel il officiait, ce dernier souhaite monter une unité de traitement et de recyclage mais surtout de valorisation des déchets plastiques, pour en faire des «produits de qualité». L’incinération et l’enfouissement de déchets étant de sérieux polluants.
En 2000, la Coopérative marocaine de conserve (CMC) qui l’emploie, gèle ses activités: il se retrouve au chômage et réfléchit à une manière de rebondir. Alami s’intéresse de près au recyclage. Il mène des recherches et s’aperçoit que le Maroc est peu actif dans le domaine. «J’ai simplement anticipé sur ce qui allait toucher inévitablement le Maroc. La donne écologique, les normes ISO et HACCP font partie des contraintes auxquelles on est obligé d’adhérer», justifie-t-il. Recoplast se concrétise en 2003 avec un investissement de 20 millions de DH dont 8 millions en fonds propres. Quatre associés -Philippe Julien, l’inventeur du fameux procédé de recyclage J.E.T et Guy Lefebvre, actionnaires belges à 10%- et une vingtaine d’employés dont six ingénieurs électromécaniciens composent le staff. Pour s’implanter, les promoteurs choisissent le nouveau parc industriel de Bouskoura à Casablanca. L’usine s’étend sur 3.000 m2 pour un loyer de 60.000 DH le trimestre. La chaîne de recyclage fabriquée en Allemagne et en Autriche, puis assemblée en Italie, aura coûté 15 millions de DH. Alami reste -très- prudent sur le retour sur investissement: 10 ans. Il entend produire 60.000 palettes par an pour un chiffre d’affaires de 20 millions de DH.
L’homme savoure: il est sur un créneau innovant et surtout, il n’a pas de concurrent au Maroc. Quoique la concurrence stimule... Le DG cible 3 secteurs: l’agroalimentaire, les produits de la mer et la manutention lourde (cimenteries, briqueries…).
Créneau juteux s’il en est: dans le secteur de l’alimentaire par exemple, le transport du poisson est strictement limité au plastique. Mais là, il faudra vaincre les résistances. Car depuis son institution en 2000 par circulaire du ministère des Pêches, cette mesure est très peu respectée. Seules les sociétés qui s’inscrivent dans une démarche qualité s’y plient vraiment. De même, les entreprises marocaines importent leurs palettes en plastique -non recyclées- de France. Manutan étant le principal fournisseur. Les prix oscillent entre 100 et 133 euros l’unité. «Soit 3 fois plus cher que nous!» Pas étonnant: pour produire des palettes non recyclées, la matière première vierge est à 10.000 DH la tonne. Et le prix de la palette Recoplast? 350 à 450 DH. En bois, elles coûtent 150 DH en moyenne… «Oui mais on change 25% de son parc chaque année avec la casse, les déformations…. En deux ans, les nôtres sont amorties», se défend Alami.
Recoplast achète sa matière première à la décharge principale de Casablanca (Médiouna) chez Aït Rami, l’entreprise familiale habilitée à récupérer plastiques et métaux. 23 à 30 kilos sont nécessaires pour produire un exemplaire. Seul problème: le plastique est déjà trié donc plus cher (de 50 centimes à 3 DH le kilo). La solution: passer par les industriels qui rejettent en permanence ce type de déchets. Ceux-ci sont «bradés» à 1.000 DH en moyenne la tonne. Reste maintenant à développer ce réseau. Quatre mois d’activité et un premier client qui s’appelle Coca-Cola. La difficulté est d’arriver sur un créneau «totalement» vierge. Convaincre les entrepreneurs n’est pas une mince affaire. Coca-Cola a par exemple effectué 1 mois de test avant de s’engager. «On attend maintenant le feu vert de Lafarge, Copag, Brasseries du Maroc, Oulmès, Sidi Ali, Sothema et différentes conserveries, minoteries et sucreries qui procèdent encore aux essais», explique Alami. Les collectivités locales pourraient être intéressées également pour l’aménagement en abri de bus, notamment. Pour l’heure, «le Portugal, le Ghana, la Lybie, l’Egypte, le Qatar et l’Arabie saoudite nous ont contacté, le champ est large», confie Alami. Dans un proche avenir, Recoplast compte étendre son activité et produire des profilés pour fabriquer panneaux signalétiques et publicitaires, bouches d’égoût, caillebotis, piquets de culture ou mobilier extérieur.

La méthode J.E.T


Philippe Julien, inventeur belge, a créé il y a une quinzaine d’année les systèmes de recyclage ET/1 et MT/1. La méthode J.E.T (Julien environnemental technology) permet le traitement des déchets mélangés et contaminés entre eux sans tri préalable. Plus de 130 entreprises au monde utilisent la méthode J.E.T. La chaîne de montage utilisée au Maroc est appelée J.E.M 4.000. Le procédé est simple. Une phase de broyage des déchets précède celle de l’extrusion-moulage. 5 minutes sont nécessaires à la fabrication de la palette avant refroidissement.

Céline PERROTEY

 

 
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