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2009-11-12 Chalets de l'espoir : « C'est un moyen de donner ce que j'ai reçu à Emmaüs » (PAR JENNIFER-LAURE DJIAN)
L'ambition pour les soixante ans d'Emmaüs, célébrés hier à la communauté de Saint-Martin-au-Laërt, c'est de construire soixante chalets de l'espoir : des maisons en palettes pour réduire les problèmes de logement. Dans la communauté audomaroise, Gilles, salarié depuis peu, s'occupe de les assembler. L'idée est née dans l'esprit de Jean-Pierre Le Bail, architecte. Il suit ses études, entreprises sur le tard, au moment des Enfants de Don Quichotte. Sur les trottoirs parisiens, des hommes, et des palettes. « Je cherchais un sujet dans le cadre de mes études. J'ai fait le rapprochement entre les deux, c'était l'autoconstruction. » La résistance du bois était compatible avec son idée. Elle est devenue réalité à Neuilly-Plaisance, où la première maison en palettes mesure 38 m², possède des combles, et a nécessité d'assembler cent quarante palettes. Anne Saingier, présidente d'Emmaüs Nord - Pas-de-Calais - Picardie, vice-présidente d'Emmaüs France, l'a découverte et a trouvé l'idée « extraordinaire ». La communauté dont elle est responsable, la halte Saint-Jean à Saint-André-Lez-Lille, « est la seule à accueillir des familles avec enfants. Elles ont parfois passé trois ou quatre ans à l'hôtel, ça coûte une fortune à la société ». Les maisons en palettes seraient le moyen d'économiser cet argent. Et de loger, décemment, ces familles. Gilles, ancien compagnon à Emmaüs, salarié de l'association depuis peu en tant qu'homme d'entretien, le pense également. « Il y a tellement de gens qui n'ont pas les moyens d'avoir un chez eux, qui dorment dehors. Moi, j'en viens de la rue, participer à la construction des chalets, c'est un moyen pour moi de donner ce que j'ai reçu quand je me suis retrouvé à Emmaüs. C'est facile à fabriquer, il suffit d'assembler les pièces, comme un meccano, ça coûte pas cher. C'est idéal. » Gilles va construire la première maison en palettes du Nord - Pas-de-Calais au sein de la communauté audomaroise. Les palettes sont récupérées, désossées à Ardres, « où ils ont la machine pour le faire ». Elle servira à l'accueil des migrants. « On va carreler un côté, pour les douches, les toilettes, et installer un parquet de l'autre côté, pour le vestiaire, pour leur permettre de se déshabiller. Les fenêtres et les portes, on les fera aussi en palettes. » Claude, un compagnon, ancien constructeur de bateaux, aide Gilles. Hier, pour la pose de la première palette des chalets de l'espoir, personne n'en croit ses yeux. L'ambition, pour les soixante ans d'Emmaüs, c'est de construire soixante chalets. « On a besoin de vous, les élus, pour nous trouver les terrains. Après les soixante chalets, on vous passe le flambeau. Et l'argent que vous auriez mis dans les hôtels pour loger les familles, vous le reversez aux communautés qui s'engagent, pour le réinvestir dans les chalets », lance Anne Saingier. L'appel est lancé. Les élus présents, parmi lesquels le préfet du Pas-de-Calais, Pierre Bousquet de Florian, l'ont entendue. Marc-Philippe Daubresse, président de l'Agence nationale de l'amélioration de l'habitat, a en partie répondu : « Il y a eu des petits blocages technocratiques mais j'ai vu le ministre du Logement, c'est un peu compliqué parce que ce n'est pas dans les clous habituels, mais ça va marcher ». • |