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Les insectes auraient voyagé dans des caisses de granit importé de Chine.
Les capricornes s'abattent sur le bourg de Sainte Anne sur Brivet (Loire Atlantique).

Mi-octobre, le village sera chauve. Presque débarrassé de ses arbres après quinze jours de travaux. La faute à un alien, insecte débarqué incognito des caisses de pavés de granit venues de Chine. Dans ce paisible bourg de 2000 âmes, 84 arbres ont été élagués, sciés et brûlés sur place.

Morts. Il n'est pas de meilleur remède contre l'Anoplophora glabripennis, dit capricorne asiatique. Cet insecte mange-bois, à la carapace noire tachetée de blanc et mesurant 4 à 5 cm, est repéré par des trous gros comme le pouce qu'il fait dans le bois alors que les feuilles de l'arbre jaunissent. Celui-ci peut en mourir. Des hommes aussi... en Chine, suite à la chute des branches en zone urbaine.

«C'est pas du gadget, c'est une cause nationale. Je ne comprends pas qu'on n'ait pas alerté plus tôt sur les dangers de cet insecte, déjà repéré en Chine et aux Etats-Unis», confie Philippe Belliot, technicien retraité et conseiller municipal local. La veille, dans un érable de son jardin, les spécialistes de la Direction de l'agriculture et de la forêt, et de l'Inra de Montpellier ont découvert tous les stades du coléoptère : larves, oeufs et deux beaux spécimens vivants. Lui perd trois érables, sans compter un chêne d'Amérique en sursis et un chêne pédonculé en cours de diagnostic. D'ordinaire, seuls les bois tendres ­peuplier, érable, bouleau ­ sont attaqués. Ces chênes seraient une première inquiétante en Europe.

L'apparition en France de ce nuisible, dont on ne connaît pas de prédateur, a eu lieu à Gien (Loiret), en mai 2003. Une trentaine d'arbres sont coupés. «On pensait avoir éradiqué. Cet été, on en a repéré et on a dû détruire neuf arbres. On n'est pas assuré de se débarrasser de cette cochonnerie. Sur une zone circonscrite, on peut espérer maîtriser, mais si la propagation explose, on échouera», dit Alain Deluard, directeur de l'agriculture et de la forêt de la région Centre.

Certains critiquent déjà le manque de moyens pour repérer les arbres infestés. Alors que les Américains inspectent en nacelle les cimes, là où le bois est le plus tendre, zone préférée des capricornes, les Français travaillent à pied. «Je ne jurerais pas qu'on voit tout depuis le sol», admet Alain Deluard. Chaque arbre infesté est doté, autour du point d'infestation, d'un périmètre de 1 000 m de rayon. Cette distance tient compte des capacités moyennes de vol de l'insecte, mais pas des exceptions, ni du vent. «Nous ne sommes jamais à l'abri d'individus performants ou d'erreur de positionnement du point d'infestation», note Christian Coquempot, entomologiste à l'Inra.

En 2002, trois chercheurs anglais alertaient déjà sur le risque d'invasion en Europe, signalant que 142 millions d'arbres avaient été détruits en six ans dans une seule province de Chine, où les dégâts étaient évalués à 80 millions d'euros. Pas plus rassurant, le glabripennis s'étend aux Etats-Unis, malgré d'importants efforts pour l'éradiquer. «La tendance de l'insecte à pondre de nombreux oeufs dans plusieurs arbres rend difficile la détection précoce et la détermination de la zone touchée, ce qui réduit les chances d'une éradication efficace», note le rapport anglais. Outre le feu, des techniques ont été tentées ­ insecticide, arbres «pièges», irradiations de micro-ondes,ou introduction d'une bactérie ­ mais ne semblent pas applicables à grande échelle.

Risque accru. «Le longicorne asiatique est importé le plus souvent à l'état de larve ou de nymphe dans des bois de coffrage et palettes servant au transport de matériaux ou produits venus de Chine, du Japon et de la Corée. Souvent du bois de peuplier fraîchement usiné, qui a échappé aux mesures légales de traitement préventif», dit Christian Coquempot. L'extension exponentielle des cultures de peuplier en Chine, pour fabriquer du contreplaqué, et les importations croissantes de granit et de pièces en fonte multiplient les risques d'arrivée discrète de ces larves dans les bois d'emballage.

SOURCE:

Par CASINIERE Nicolas de LA
samedi 09 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
Sainte-Anne-sur-Brivet (Loire-Atlantique) envoyé spécial
http://www.liberation.fr/page.php?Article=244826

 

 

 

 

 
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