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Déchets : la France rate le rendez-vous du 1er juillet 2002

L'ECHEANCE DU 1ER JUILLET 2002

Cette échéance devait marquer la fin des décharges d'ordures ménagères. Elle ne sera pas respectée : les collectivités locales n'ont pas assez investi. Des manifestations ont eu lieu ce week-end à Marseille et à Montpellier.

"Nous n'héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants." A leur grand soulagement, un certain nombre d'élus locaux et nationaux auront un été supplémentaire pour méditer cette pensée de Saint-Exupéry.

Roselyne Bachelot, ministre de l'écologie, a en effet ouvert jusqu'à la fin septembre une "période de réflexion et de concertation" sur le traitement de nos déchets.

Cette annonce réjouira plus d'un édile, car elle repousse les mesures corectives qui auraient dû entrer en vigueur à partir du 1er juillet 2002, en vertu d'une loi de 1992.


Entamée par Brice Lalonde puis défendue par Ségolène Royal, la réforme donnait alors dix ans aux collectivités territoriales pour atteindre deux buts principaux :

  • réduire la production d'ordures ménagères et de déchets industriels ;

  • limiter les mises en décharge aux seuls déchets ultimes, c'est-à-dire à ceux ayant fait l'objet d'un tri et ne pouvant être valorisés "dans les conditions écologiques et économiques du moment".

La date butoir est là et le bilan s'avère plus que mitigé. Les Français produisent de plus en plus d'ordures ménagères : 26 millions de tonnes par an.

Ils ont dépassé, avec le siècle, la barre symbolique d'un kilo par jour et par personne. "La réduction des déchets à la source est un échec", constate Marc Blusztejn, directeur général adjoint de la SITA, une grande entreprise spécialisée.

La moitié des détritus est toujours mise en décharge. Un Français sur trois ne dispose pas de poubelle de tri. La situation est encore plus sensible pour les déchets industriels qui atteignent 100 millions de tonnes par an. Un tiers au plus de cette montagne est traité dans des filières de recyclage ou de valorisation énergétique, selon la Fédération française des entreprises du recyclage (Federec).

"Tout le monde a longtemps fait l'autruche", estime Liliane Elsen, responsable du réseau déchets de France Nature Environnement (FNE).
Les syndicats intercommunaux qui gèrent le traitement se sont réveillés mais un peu tard. Depuis 1999, ils ont investi un peu plus d'un milliard d'euros dans ce domaine. Les experts estiment qu'il faudra encore injecter dix milliards d'euros supplémentaires dans les filières d'incinération ou de recyclage pour espérer atteindre les objectifs de la loi de 1992. "Nous sommes à la moitié du chemin", résume Daniel Béguin, directeur des déchets ménagers à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

L'application à la lettre de la loi, c'est-à-dire le refus dès mardi, à l'entrée des décharges, des bennes à ordure n'ayant pas fait l'objet d'un tri préalable, aurait donc provoqué le chaos. Héritant sur le tard de ce dossier, Mme Bachelot a envoyé, vendredi 28 juin, une circulaire aux préfets, leur enjoignant de ne pas sévir. "La loi fixait plus un objectif qu'un critère strict, explique-t-on au ministère de l'écologie. Nous allons maintenant examiner la situation des collectivités locales et distinguer celles qui ont fait quelque chose de celles qui n'ont rien fait."

Une taxation punitive pour les récalcitrants est une des mesures envisagées, car l'argument économique n'est pas le moindre pour les réfractaires : la mise en décharge coûte en moyenne deux fois moins cher que l'incinération et trois fois moins cher que le recyclage. "L'environnement a un coût", fait remarquer Jean-Pierre Paillard, délégué de la Fédération nationale des activités de dépollution et de l'environnement (Fnade), qui regroupe les 280 entreprises du secteur. Le responsable rappelle qu'en 1992, il en coûtait à peine 50 francs la tonne pour jeter des ordures dans un trou grossier. Avec les nouvelles réglementations, le prix a été multiplié par dix.

"La classe politique n'a pas pris ses responsabilités,estime M. Blusztejn. Elle n'a pas osé prendre des mesures impopulaires." Les échéances électorales ont dissuadé des élus d'engager des investissements coûteux pour les usagers. Il y a pourtant urgence : si rien n'est fait, la France aura dans cinq ans 5 millions de tonnes de déchets dont elle ne saura que faire.

LE JURA, DÉPARTEMENT VERTUEUX

Au tableau d'honneur des départements vertueux, établi par les associations écologiques, figure le Jura qui a pris le problème à bras-le-corps. Jean-Paul Huchon, président (PS) d'Ile-de-France, assurait, jeudi 27 juin, que sa région était également "à la pointe", avançant "la constante baisse de la mise en décharge". "L'Ile-de-France pourra répondre aux exigences de la loi Royal" mais "avec un petit délai", tempérait Michel Vampouille, vice-président (Verts) chargé de l'environnement.

Parmi les retardataires figurent des petites communes dépourvues de moyens, mais également des grandes agglomérations comme Paris (Le Monde du 8 février) ou Montpellier.Le principal point noir est Marseille, qui continue de rejeter ses détritus, à raison de 1 200 tonnes par jour, à Entressen, parée du titre peu envié de plus grande décharge d'Europe. "Nous sommes là dans le cas d'une ville qui n'a pas appliqué la loi, qui n'est pas sanctionnée et qui dit "Je continue !"", estime M. Paillard. Le 28 juin, les services de la communauté urbaine ont demandé une "prorogation de trois à cinq ans"et cependant assuré qu'une solution alternative serait présentée avant la fin 2002. L'annonce a provoqué la prudence des associations de voisinage, qui ont manifesté samedi : la construction d'un incinérateur est annoncée depuis 1995...

Pour approcher l'objectif au plus vite et au moindre coût, nombre d'élus préfèrent l'incinération au recyclage.

La valorisation énergétique, rendue possible dans les nouvelles générations d'installations, leur offre en prime un argument écologique.

Le recyclage ne touche, en moyenne, que 20 % de nos ordures, 5 % hors verre et papier.

La valorisation des éléments organiques, notamment sous forme de compost destiné aux cultures, reste également insuffisante. "Il nous faudrait parvenir à un tiers de mise en décharge, un tiers d'incinération et un tiers de recyclage", estime M. Béguin. On est encore loin d'une telle répartition.

HOPQUIN, Benoît, "Le Monde", 2 Août 2002.


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